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#17 Sou-rire pendant la fin de vie

Rire et fin de vie sont-ils compatibles ?

Quand ça vient naturellement : OUI. Pas avec tous, et pas tout le temps. Mais je milite pour que le rire, ou a minima le sourire, restent de la partie tant qu’on y a accès.

Si j’ai choisi d’aborder ce sujet aujourd’hui c’est grâce à un avis reçu récemment (comme j’en suis gavé fière je le mets ici, mille merci O 🥰) :

« Elle a su trouver le mot juste, m’adresser les bonnes questions pour avancer, et parfois même me faire sourire dans le pire »…

Et pourtant on était en plein dans un deuil douloureux. Mais la vie prend malgré nous le relai, et je crois que c’est ce qui transparait chez moi. Je ne sais pas si j’ai toujours été comme ça, mais sourire et rire sont des ressources importantes.

Et tu sais cher journal, quand j’accompagne je le fais avec qui je suis. Je pense qu’avec cette 17ème lettre tu commence à en avoir une vague idée !

Que je sois face à la fin de vie ou au deuil, je continue d’aimer la dérision, l’ironie. Je reste évidemment pleinement consciente de la gravité. Mais tout est si lourd qu’il est indispensable de s’offrir ces moments plus légers.

Si un jour je t’accompagne, je donnerai des surnoms aux soignants qui t’entourent selon que tu les apprécies ou non. On pourra définir qui sera le schtroumf Grincheux, Tic & Tac (clin d’œil à A 😘) ou Timon & Pumba pour ceux qui sont toujours à deux, Duchesse si une soignante est très apprêtée, et on pourra faire pareil avec tes proches.

Quand j’ai accompagné mon papa, j’appelais l’équipe des infirmières « la triplette ». Elles étaient trois à se relayer et elles formaient pourtant une unité solidaire fabuleuse.

Je viendrai ironiser des situations anormales justement pour qu’elles soient vues et te permettre de le verbaliser plus facilement si tu ne les acceptes pas. (On rigole on rigole mais il arrive que la personne en fin de vie, passive, se résigne à des situations qui ne lui convienne pas, et ça, c’est non)

Je passerai par l’humour pour désigner un comportement particulièrement inadapté (ce que j’ai d’ailleurs fait au Centre d’Ethique Clinique la première fois), simplement pour dire « je suis gentille mais pas idiote : ça, ça ne va pas ».

Et ça continue car dans ma vie, quand je suis paumée, j’interpelle mes proches décédés du style : « Alors là les gars si vous avez une piste je suis grave preneuse ! Mais svp soyez clairs dans vos réponses la dernière fois c’était pas ouf ».

Pourquoi m’autoriser l’humour dans l’accompagnement ? Car Les personnes concernées sont déjà dans une situation très sombre, douloureuse. L’entourage (soignants, proches) ne s’autorise pas toujours à sortir de cette lourdeur.

Moi, j’ai cette chance d’être un maillon un peu à part. Or, l’humour et le rire sont une fenêtre sur la vie. Être celle qui initie le trait d’humour c’est aussi autoriser tout le monde à y avoir accès.

Dans le magnifique documentaire de Matthieu Lartot « Ce qui nous tient debout » (je t’en reparlerai car c’est une pépite), l’humoriste Philippe Caverivière raconte la maladie de sa mère et l’importance du rire pendant cette période. Il dit notamment : « c’est un moyen de dire « Je t’emmerde ! » à la maladie ». Et il a raison.

C’est un moyen de dire que la maladie n’aura pas tout. N’emportera pas tout. Sourire ne permet pas d’enlever la douleur mais de la rendre supportable.

C’est dur car du fait de notre impuissance on voudrait parfois être emporté avec ceux qui s’en vont. Sourire, rire, c’est résister. C’est s’accorder un sursaut de vie. Même une seconde. Et se connecter avec l’Autre tels que l’on était « avant ».

Se souvenir que l’on n’est pas « que » malade. Pas « que » aidant.

La maladie, la mort ne peuvent pas tout avoir.

Et qui sait, à force de sursauts de vie, pourrait-on presque donner du sens au pire ? 😉

Lettre #17

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