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#13 Ma nouvelle copine à Paris

(Normalement pour le référencement j’aurais dû écrire un truc du genre « ma nouvelle copine en fin de vie à Paris » dans le titre mais ça faisait trop p***clic 😇)

Dimanche après-midi, après un achat de vélo, je décide de me poser sur la terrasse d’une boulangerie à Issy (je crois que ça va devenir un spot pour moi) SAUF QUE je n’ai pas encore d’antivol. Donc j’arrive en terrasse et je lance aux tables d’à côté : « messieurs-dames bonjour, vous êtes officiellement gardiens de mon vélo pendant que je vais prendre la commande, grosse responsabilité car je viens de l’acheter ! ». Ni une ni deux, la petite dame de la table voisine me répond « allez-y tranquille, je m’en occupe ! ». (Je doute de la voir courir après mon vélo mais enfin, on remercie.)

Un capuccino plus tard, je m’installe avec mon livre (d’ailleurs si vous cherchez des livres tout jolis et poétiques, faciles et pas prise de tête je vous conseille « un lundi parfum matcha » et « un jeudi saveur chocolat » de Michiko Aoyama. Mais je m’égare.) et entre deux gorgées je regarde les passants…passer (la zone est piétonne, il y a de quoi faire).

Et naturellement, je sens par moment le regard de ma voisine.

De temps en temps je jette un œil vers elle et j’observe que son visage s’illumine au contact d’un enfant qui passe ou d’un regard qu’on lui accorde. Mais entre deux, elle a l’air soucieuse.

Et évidemment j’entends cette petite voix dans ma tête « demande lui comment elle va ».

On est à Paris, autant dire qu’il est plus facile de rester focaliser sur son nombril que de demander aux gens comment ils vont. Et donc il y a un frein que je n’ai normalement pas.

Je négocie avec ma petite voix « je finis mon chapitre et en partant je lance la perche ». Pourquoi en partant, c’est que j’ai aussi peur de me prendre un vent et de la mettre mal à l’aise en restant à côté.

La tasse est finie, le chapitre aussi. Il y a Cultura juste à côté, j’y vais juste après (acheter des choses dont je n’ai pas besoin), le cadre est posé.

« Vous allez bien Madame ?

  • Oh oui mais vous savez à mon âge, c’est un peu triste c’est normal.
  • Hum…Avez-vous envie que je m’assois pour en parler ?
  • Oh non c’est gentil je ne vais pas prendre votre temps (l’histoire retiendra que je suis donc restée dix minutes debout). Vous savez je suis très âgée, j’ai 96 ans ! Je suis en fin de vie. C’est vieux hein !
  • C’est surtout que vous avez dû vivre beaucoup de choses…
  • Oh oui et j’ai eu un mari architecte exceptionnel, on a beaucoup voyagé…………… »

Cher journal je te fais grâce de la suite mais pas de sa dernière phrase qui m’a complètement fait fondre : « Merci de m’avoir parlé, notre échange m’a réchauffé le cœur ! ». Je pourrais pleurer en l’écrivant.

Bref, je te présence Jackie (c’est Jacqueline mais Jackie pour les intimes), et elle est tous les après-midis à la boulangerie (je confirme je l’ai aperçue hier en passant), donc évidemment je lui ai dit « à bientôt ».

C’est surprenant la vie. Il y a Jackie, qui se dit en fin de vie mais je sens qu’elle est encore bien là, mais qui se demande quand la mort va arriver parce que bon, ça fait beaucoup d’ennuis pour les enfants tout ça. Il n’y a que les souvenirs et cette phrase « il est temps maintenant, ça peut s’arrêter ».

Et puis il y a tous ceux qui partent avant d’être prêts. Avant d’avoir vécu ce qu’ils croyaient qui les attendaient.

C’est surprenant, et heureusement. Mon papa disait : « si tu sais déjà à quoi ressemblera ta vie, elle ne vaut plus la peine d’être vécue ».

Se laisser surprendre, toujours. Accueillir. Et demander à sa voisine : « vous allez bien Madame ? ».

Lettre #13

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