Réserver mon appel de 30mn
fin-de-vie-Paris-palliatif-aide-a-mourir-thanadoula-doula-de-fin-de-vie-accompagnement-Paris-Arcachon

#20 Doula de fin de vie à Paris : bientôt 1 an !

Cher journal, on est mercredi matin et je réalise que je n’ai encore rien écrit pour cet après-midi…rien ne va plus !

Tu sais, c’est plutôt bon signe. Je crois (et je croise les doigts / je touche du bois / serre les fesses), que certaines des dizaines (on approche des centaines) de graines semées depuis un an commencent tout doucement à germer.

Dans quatre jours ça fera un an que je suis sur Paris. Je pourrais presque dire « de retour sur Paris », car j’ai grandi à quelques kilomètres, mais les parisiens que j’affectionne malgré moi me diraient évidemment que ça n’a rien à voir.

Ne leur dit pas, mais ils n’ont pas tort… !

Puisque je suis superstitieuse je ne vais pas tout de suite te dévoiler ce que je commence à percevoir pour la suite.

Je vais plutôt te raconter comment j’ai vécu cette première année.

Pendant 6 ans j’ai vécu sur le Bassin d’Arcachon. Le temps de partager les dernières années de vie de mon papa, de l’accompagner les derniers mois, et commencer son deuil. Un deuil particulier par lequel je suis officiellement sans ancêtres encore vivants.

J’adore le Bassin. Cette maison que j’ai achetée à la suite de la succession est mon cocon. C’est le lieu où j’ai réappris à respirer, doucement. En jardinant. Celui où j’ai apprivoisé le statut d’orpheline. Au coin du feu. En étant profondément ancrée dans le présent. Je voudrais que chaque personne endeuillée puisse avoir accès à cette lenteur, à la nature et sa simplicité pour prendre le temps de se réparer.

Puis, l’amour m’a entraînée vers Paris. Mais pas que l’amour. C’est la foi qui m’a permis de faire ce pas. Avec réticence évidemment. C’est si difficile de sortir d’un cocon confortable et sans danger… et se risquer à (re)vivre.

Pourtant, une petite flamme en moi savait qu’il fallait le faire, pour moi. J’avais cet instinct qui me disait : « c’est par là ». Pour sortir de ce statut d’endeuillée, qui n’est qu’une facette de moi, et retrouver celle qui s’apparente à la vie.

Ma meilleure amie m’a dit : « Mais Mélo, souviens-toi de qui tu es. Tu n’es pas « que » calme et solitaire. C’est même le contraire de ce que j’ai toujours vu en toi et dit de toi ». Et puisqu’on s’est rencontrées chez la nounou je crois qu’elle a une bonne idée de ce qu’elle dit… !

Le deuil vient transformer si fort qu’on peut en oublier qui on est. Ce sont des morceaux de moi qui se sont brisés les uns après les autres, et plutôt que de risquer ceux qui restent, je les ai enveloppés dans de doux oreillers. Calfeutrés. Pour ressentir juste un peu de paix. Ça s’appelle survivre. Je crois qu’on n’a tous voulu ça parfois, tu ne crois pas ?

Paris, pour moi, c’était ça : quand je ne suis pas (que) en deuil, qui suis-je ? Au fond, ma nature n’était-elle pas plus intense ? Et si je retirais ces oreillers, mon petit cœur à ciel ouvert serait-il prêt à, encore, risquer ?

J’ai eu besoin de temps et de centaines de balades à vélo dans Paris pour l’apprivoiser. Retrouver l’émerveillement qui me caractérise en forêt pour un bâtiment haussmanien, pour des jeunes qui prennent un verre sur la pelouse des Invalides ou pour une Mamie qui s’est posée sur un banc.

Il fallait y aller très progressivement. J’étais funambule entre deux mondes, en apnée. Survivre et tenir, ou vivre et risquer.

Le seul moyen d’y arriver était de saisir Paris comme opportunité. Et si j’ai mis beaucoup plus d’énergie dans le déploiement, même poussif, de mon métier de Doula de fin de vie plutôt que dans mon premier métier, c’est que j’avais besoin de m’accorder de nouveau le droit de croire en moi et mes rêves. Même (et surtout) après avoir été malmenée. J’avais besoin de me dire que la vie n’est pas que difficile, mais qu’elle permet aussi d’accomplir de grandes et jolies choses. Pour y croire, encore fallait-il me le prouver.

Je ne te cache pas que faire connaître un métier inconnu, qui plus est autour de la mort, demande une abnégation de tous les instants. Les « non ». Les « pas besoin ». Les non-réponses. Les discussions autour de la table qui changent de tournure dès que je dois répondre à la question : « et toi, tu fais quoi ? ».

Mais j’entends toujours cette petite voix qui me dit : « c’est par là ».

J’ai une immense chance : je crois que j’ai une bonne estime de moi. (On me dit dans l’oreillette que c’est ma mère qui a géré ce côté-là !) Et c’est sans doute la seule raison qui explique que, dans la tempête, je tiens le cap.

Et je crois que je retrouve mon côté enfant gâtée : ça me ferait bien plaisir de profiter de Paris ET du Bassin ! L’une pour oser, l’autre pour respirer.

Aujourd’hui, je suis pleine de gratitude pour les éclaircies qui arrivent, et j’ai hâte de te les raconter. Personne ne sait combien de temps elles dureront et elles sont encore bien fébriles, mais je pourrais toujours revenir ici pour me rappeler que l’espoir est ce qui nous tient et que présentement, il me fait du bien !

Cher journal, quoi que tu traverses, je te souhaite te t’accorder le temps nécessaire pour t’en remettre, le droit de vouloir en sortir quand il sera l’heure, et de chérir chaque brin d’espoir qui te permet de croire en toi.

Un pas après l’autre, comme le funambule que nous sommes tous.

Lettre #20

Publications similaires