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#19 De l’éthique dans la fin de vie

Cher journal, sache que ça y est, la formation en éthique clinique a commencé ! Pous rappel (non pas que je doute de ta mémoire), je vais suivre les séminaires en éthique clinique dispensés par le Centre d’Ethique Clinique (CEC) de l’hôpital Cochin pendant les deux prochaines années.

Le CEC accueille des situations de tensions dans les prises en charge, souvent médicales et toujours éthiquement discutables.

La particularité du centre de Cochin c’est que tout le monde peut le solliciter : soignants, patients et proches. Pour en faire partie il faut suivre deux années de séminaires, et même si à l’issue on décide de ne pas l’intégrer, nul doute que ça vient améliorer / changer / bouleverser sa pratique.

Bref, le topo étant fait, la semaine dernière a eu lieu le premier séminaire et c’est PASSIONNANT. Bon, le truc c’est que je ne suis pas câblée pour prendre la parole facilement devant autant de monde, notamment face à une grande proportion de soignants.

Alors, j’observe.

Et j’avoue que je suis assez admirative des médecins présents.

Leur simple présence (volontaire) témoigne d’une grande humilité. On leur a appris qu’être médecin c’était sauver, presque coûte que coûte, ne jamais abandonner. On leur a appris que puisqu’ils avaient le savoir médical ils savaient mieux : mieux que les « civils », c’est à dire leurs patients. (là j’entends la voix d’Omar Sy : « heuuu excusez-moi ??! »)

On leur a appris qu’ils étaient responsables de toute décision liée à la prise en charge d’un patient.

Tu imagines un peu le poids ? Evidemment, il ne faut pas être psy pour se rendre compte que certains sont devenus médecins précisément pour ça. Et le syndrome du sauveur est bien réel.

Face à moi, dans cette formation, je rencontre ces médecins qui ont déjà intégré tout ça et pourtant, qui doutent de bien faire. Et quel soulagement… Ils sont critiques, se remettent en question, sont curieux des autres et d’autres pratiques, et accueillent tout ça dans une belle humilité. Voire humanité.

Dans l’approche de l’éthique clinique de Cochin il faut tout prendre en compte : l’autonomie du patient, la bienfaisance, la non malfaisance, la justice.

Il n’y a jamais d’issue évidente, sinon la situation ne serait pas arrivée jusqu’au CEC.

On n’est pas là pour remettre en question ce qui a déjà été fait mais pour imaginer ce qui pourrait désormais être à faire, pour être au plus proche du patient, ses valeurs et son contexte de vie, les moyens médicaux sociaux, les solutions médicales, tout.

En sachant que, quelque soit la proposition imaginée, elle ne sera pas parfaite. Et que le CEC n’a pas valeur contraignante même si en réalité, les avis sont souvent suivis.

Les avis sont motivés par l’intervention de soignants et non soignants, qui arrivent chacun avec leur vécu, leur subjectivité, leurs connaissances. C’est ici la force de la réflexion collective qui est mise en avant.

Pendant ce premier séminaire, on nous a souvent répété que le centre ne cherchait pas le consensus mais le dissensus : c’est parce que l’on est en désaccord que l’on crée et que l’on imagine des alternatives. C’est la valorisation des avis contraires et tous légitimes.

Et en théorie je trouve ça incroyable, mais maintenant faut assurer ! Mon (petit) challenge à moi va être principalement d’exprimer un désaccord. Si je ne sais pas encore comment articuler cette formation dans ma pratique, ce qui est clair c’est que personnellement je vais parcourir du chemin.

Apprendre à l’ouvrir. Pas pour défendre ma cause mais celle d’un autre, et en argumentant au nom d’un des quatre principes (autonomie, bienfaisance, non malfaisance, justice). En sachant que cela ira à l’encontre de l’avis d’une partie des personnes face à moi, et que cela m’emmènera aussi à revoir ma propre posture. Suis-je en accord avec ce que je viens de défendre ?

J’ai deux ans pour me sentir légitime à prendre la parole. Deux ans à côtoyer des personnalités variées qui vont naturellement me challenger. Deux ans pour mêler philo et terrain, et déployer la posture de celle que j’ai envie d’être auprès des personnes que j’accompagne.

Comme on dit : j’ai peur, mais j’y vais !

Lettre #19

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