fin-de-vie-accompagnement-soins-palliatifs-deuil-directives-anticipees-personne-de-confiance-Paris-Arcachon

#14 Rester dans la vie tout en côtoyant la mort

Ce week-end je déjeunais avec un ami qui m’a posé une question que je reçois régulièrement : « tu arrives à ne pas sombrer avec la personne que tu accompagnes ? »

Très bonne question 😊

Je ne pense pas pouvoir accompagner à la hauteur de mon exigence si je mets une barrière trop haute. En revanche, je ne tiendrai pas le coup si je me laisse emporter.

Et je crois qu’ici est le point important : leur histoire n’est pas mon histoire. Je suis un élément tiers qui vient apporter ce qu’elle peut, mais à la fin je ne meurs pas et je ne suis pas en deuil.

C’est quelque chose de très important, y compris à avoir en tête quand on souhaite être présent pour quelqu’un : attention à ne pas s’approprier sa douleur. Elle lui appartient, et lui laisser entendre qu’elle pourrait être apaisée car elle est partagée ne l’aidera pas. Voire au contraire, elle ne se sentira pas entendue à la hauteur de sa détresse, et il y a des chances qu’in fine ce soit elle qui en vienne à consoler (claaaaassique 😉).

Donc, pour en revenir à nos moutons, l’équilibre à trouver est de rester dans l’humanité sans s’approprier une histoire qui n’est pas mienne. Chaque décès sera émouvant. A moi de m’arranger pour accueillir cette émotion et lui trouver sa juste place. Je peux utiliser des rituels, en parler à ma psy (de mon côté être supervisée est essentiel), tous les moyens sont bons.

A moi de connaître mes limites pour ajuster ce que j’accepte, et garder éventuellement d’autres métiers qui soient dans une énergie de joie, d’avenir, de construction.

Car moi, je veux rester dans la vie. Je veux continuer de m’émerveiller d’un coucher de soleil, d’un papillon qui passe, d’un enfant qui rit sous la pluie. Je veux garder l’envie de crapahuter des montagnes, de rire de choses simples, d’aimer ce qui m’entoure. Je veux réaliser des projets, découvrir et apprendre de nouvelles choses, avoir un travail qui fait sens pour moi.

Il y a une citation d’un livre que j’aime beaucoup « Tout le bleu du ciel » de Mélissa Da Costa qui dit :

« Je voulais parler de la mort, mais la vie a fait irruption, comme d’habitude. »

Et j’aime cette phrase car c’est ce que je souhaite : laisser la vie faire irruption. Dans les grands projets comme dans les petits détails du quotidien.

C’est un choix qui n’a pas toujours été le mien. Je suis comme tout le monde, dans les moments sombres je me suis demandée quel sens pouvait bien avoir tout ça. Mais progressivement j’en ai surtout conclu que quitte à ce que la vie soit ponctuée d’épreuves, autant choisir du lumineux pour le reste. Ressortir vivante de tout ça ! Et à mesure que je côtoie la fin de vie, force est de constater que je me fais une idée de ce que je souhaiterais ressentir à la fin de la mienne.

Enfin : côtoyer la mort me fait sentir particulièrement vivante. Ce métier est un cadeau de pleine conscience. (Un peu comme de se prendre la pluie quand on se balade à vélo mais en moins humide…et j’en sais quelque chose !)

Bref, pour résumer quel serait le secret ?

Réaliser la chance de pouvoir rentrer chez soi, profiter des câlins de ses chats et… manger du chocolat ! (avec modération naturellement… )

Lettre #14

Publications similaires