#11 A quoi sert une Thanadoula quand il y a déjà des bénévoles pour accompagner la fin de vie ?
Cher journal,
Quand j’explique le métier de doula de fin de vie il arrive qu’on m’oppose l’existence des bénévoles en unités palliatives.
Certaines asso de bénévoles d’ailleurs se méfient de nous, elles ont l’impression que l’on vient marcher sur leurs plates-bandes. (C’est vraiment bien me connaître j’adooore aller déranger…!) Effectivement si on ne regarde que la formation, certains points se recoupent (pas tous), et si tu cherches un peu cher journal tu verras qu’il y a des formations très poussées des deux côtés.
Pour moi, ce n’est pas l’un ou l’autre. C’est les deux.
Je vais essayer de ne froisser personne, si je ne suis pas juste je suis à l’écoute et disposée à changer mon discours.
Plus l’équipe est « équipée », plus la personne accompagnée aura de chance de bénéficier de ressources lui correspondant.
La bénévole (je vais parler au féminin, comme pour les doulas, car les femmes y sont largement plus représentées), donne. Pour pouvoir donner comme elle le fait, sans retour, cela se fait sur un temps déterminé, ponctuel, programmé.
La bénévole représente la vie à l’extérieur. Elle est une bouffée d’air frais de la vie qui continue, quoi qu’il arrive. Sa vie n’est pas rythmée par un seul accompagnement. Et peut-être que cela offre à certaines personnes plus de légèreté et sans doute de liberté dans ce qu’elles vont partager. La bénévole offre le seul cadeau qui ait tout son sens pour une personne en fin de vie : son temps.
Dans beaucoup d’unités palliatives les bénévoles sont merveilleusement déployées et intégrées dans le parcours de soins. Elles ont une place réservée (est-ce que je les envie ? Probable !).
Pour mener à bien sa mission, l’organisation est assez claire : la bénévole passe 1 à 2 demi-journées par semaine (ce qui est déjà beaucoup), et va voir les personnes présentes et disposées à l’accueillir pendant ces temps-là.
Et donc, si on regarde d’un point de vue logistique, elle se cale sur l’organisation de l’unité dans laquelle elle propose son temps.
Côté Doula, tant que je ne suis pas employée par un établissement, c’est directement pour la personne malade et / ou sa famille que je travaille. Pour faire bref, on n’a pas le même boss.
Je me tiens disponible, particulièrement pendant les moments d’urgence, et ma présence et mes services varient selon la demande. Je vais où est le besoin. Je suis caméléon : je m’adapte.
Mes services eux-mêmes évoluent : rédiger un témoignage, vulgariser les directives anticipées, accompagner pendant et après un rdv médical, se déplacer à domicile ou à l’hôpital… tout est possible dès lors que l’on a envie que je sois là.
Pendant la toute fin de vie mon téléphone reste allumé. Aujourd’hui en tout cas, c’est ainsi que je fonctionne. Et c’est la raison pour laquelle je souhaite n’avoir qu’un accompagnement de fin de vie à la fois.
Et peut-être aussi que mon objectif est un peu différent : je vais faire mon maximum pour que la personne en fin de vie soit entendue dans ses besoins, y compris auprès de ses proches et de l’équipe médicale. Je vais prendre parti et essayer de créer du lien là où cela semble rompu. C’est une prise de position qui n’est pas toujours possible quand on est bénévole.
Tu l’auras compris cher journal, les deux approches sont complémentaires. Et à toute personne qui malgré tout se sentirait menacée j’ajouterais : c’est à la personne en fin de vie de décider ce qui lui fait du bien. Si la présence des deux rôles lui permet de se sentir moins seule, le tour est joué.
J’ai une vision un peu naïve et idéaliste de l’accompagnement : faire équipe, c’est accueillir dans l’intérêt de la personne concernée tous les outils et toutes les personnes qui semblent lui apporter du réconfort. Il n’y a pas de place pour les querelles, mais un boulevard géant pour grandir ensemble dans ce moment et s’améliorer dans l’intérêt des premiers concernés.
Et que les choses soient claires, je fais du bénévolat par ailleurs. Donc ne commence pas à me demander si je me rends bien compte de l’engagement que cela demande, I knooow (pour les amateurs c’est avec le ton de Monica dans Friends) !
En tout cas, je suis contente que tu fasses équipe avec moi cher journal, je suis ravie de voir que tu n’es pas là pour me contredire ! Toi et moi c’est parti pour durer ! 😎 Et puisque tu n’es pas contrariant, je te dis « à la semaine prochaine » !
Lettre #11

